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03/08/2014

3 août 14

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"Les hommes ont bêtes et ignorants. De là vient leur misère. Au lieu de réfléchir, ils croient ce qu'on leur raconte, ce qu'on leur enseigne. Ils se choisissent des chefs et des maîtres sans les juger, avec un goût funeste pour l'esclavage.

Les hommes sont des moutons? Ce qui rend possibles les armées et les guerres. Ils meurent victimes de leur stupide docilité.

Quand on a vu la guerre comme je viens de la voir, on se demande : "Comment une telle chose est-elle acceptée ? Quel tracé des frontières, que honneur national peut légitimer ça ? Comment peut-on grimer en idéal ce qui est banditisme et le faire admettre ?

On a dit au Allemands : "En avant, pour la guerre fraiche et joyeuse ! Nach Paris et Dieu avec nous, pour la plus grande Allemagne !" Et les lourds Allemands paisibles qui prennent tout au sérieux se sont ébranlés pour la conquête, se sont mués en bêtes féroces.

On a dit aux Français : "On nous attaque. C'est la guerre du Droit et de la Revanche. A Berlin !" Et les Français pacifistes, les Français qui ne prennent rien au sérieux, ont interrompu leurs rêveries de petits rentiers pour aller se battre.

Il en a été de même pour les Autrichiens, les Belge, les Anglais, les Russes, les Turcs, et ensuite les Italiens. En une semaine vingt millions d'hommes civilisés, occupés à vivre, à aimer, à gagner de l'argent, à préparer l'avenir, ont reçu la consigne de tout interrompre pour aller tuer d'autres hommes. Et ces vingt millions d'individus ont accepté cette consigne qu'on les avait persuadés que tel était leur devoir.

Vingt millions, tous de bonne foi, tous d'accord avec Dieu et leur prince... Vingt millions d'imbéciles ??? Comme moi !

Ou plutôt non, je n'ai pas cru à ce devoir. Déjà, à dix-neuf ans, je ne pensais pas qu'il y eût de la grandeur à plonger un arme dans le ventre d'un homme, à me réjouir de sa mort.

Mais j'y suis allé tout de même."

Gabriel Chevallier, in "La Peur" (1930)
Le livre de poche - pp. 21-22

 

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«Tout le monde devrait lire et relire La Peur Jacques Tardi


"A Berlin, ceux qui ont voulu cela paraissent aux balcons des palais, en grand uniforme, dans la posture où il convient que soient immortalisés les conquérants fameux.

Ceux qui lancent sur nous deux millions de fanatiques, armés de canons à tir rapides, de mitrailleuses, de fusils à répétition, de grenades, d'avions, de la chimie et de l'électricité, resplendissent d'orgueil. Ceux qui ont donné le signal du massacre sourient à leur gloire prochaine.

C'est l'instant où devrait être tirée la première bande de mitrailleuse - et la seule - sur cet empereur et ses conseillers, qui se croient forts et surhumains, arbitres de nos destinées, et ne sont que misérables imbéciles. Leur vanité d'imbéciles perd le monde.

A Paris, ceux qui n'ont pas pu éviter cela et que cela surprend et dépasse, et qui comprennent que les discours ne suffisent plus, s'agitent, se consultent, conseillent, préparent en hâte des communiqués rassurants et lancent la police contre le spectre de la révolution. La police, toujours zélée, cogne dans les  figures qui ne sont pas assez enthousiastes.

A Bruxelles, à Londres, à Rome, ceux qui se sentent menacés font le total des forces en présence, supputent les chances et choisissent un camp.

Et des millions d'hommes, pour avoir cru à ce qu'enseignent les empereurs, les législateurs et les évêques, dans leurs codes, leurs manuels et leurs catéchismes, les historiens dans leurs histoires, les ministres à la tribune, les professeurs dans les collèges et les honnêtes gens dans leurs salons, des millions d'hommes forment des troupeaux innommables que des bergers galonnés conduisent vers les abattoirs au son des musiques.

En quelques jours, la civilisation est anéantie. En quelques jours, les chefs ont fait faillite. Car leur rôle, le seul important était justement d'éviter cela.

Si nous ne savons pas où nous allions, eux, du moins, auraient dû savoir où ils menaient leurs nations. Un homme a le droite d'être bête pour son propre compte, mais non pas pour le compte des autres."

Gabriel Chevallier, in "La Peur" (1930)
Le livre de poche - pp. 24-25


Des propos tellement actuels.

Trop.

...


Zgur_ - 3 août 14 -

30/07/2014

Cent ans après, les hommes n'ont toujours rien appris de la guerre

Il y a cent ans presque jour pour jour commençait la première guerre mondiale, la fleur au fusil, les mensonges dans les journaux et la bêtise dans les conversations de bistrots (les réseaux sociaux de l'époque).

Mais derrière ces illusions et ces belles paroles, c'est la boucherie et la sauvagerie humaine qui se déchaîna.

D'où restèrent bien éloignés les plus acharnés en paroles.

Voilà deux livres à lire absolument dans le nombre considérable d'ouvrages déjà existants sur ce sujet et qui va encore se  grossir d'ouvrages plus ou moins dispensables à l'occasion du centenaire : "La Peur" de Gabriel Chevallier (surtout connu pour son "Clochemerle"), et "1914" de Luciano Canfora.

Je vous propose deux extraits des préfaces, à méditer en ce moment où cent ans après le début de la grande boucherie, des obus tombent sur des civils, en Syrie, à Gaza, où derrière et après les communiqués triomphants des états-majors des grandes puissances, RIEN n'est réglé en Irak, en Afghanistan, et dans tant d'autres pays ou régions du monde.

Décidément, les hommes n'ont toujours rien appris de la guerre.

LaPeur-.jpg

"Quand la guerre est là, ce n'est plus le moment d'avertir les gens qu'il s'agit d'une sinistre aventure aux conséquences imprévisibles. Il fallait le comprendre avant et agir en conséquence.

On enseignait dans ma jeunesse -- lorsque nous étions au front -- que la guerre était moralisatrice, purificatrice et rédemptrice. On a vu de quels prolongements ont eu ces turlutaines : mercantis, trafiquants, marché noir, délations, trahisons, fusillades, tortures; et famines, tuberculose, typhus, terreur, sadisme. De l'héroïsme d'accord. Mais la petite, l'exceptionnelle proportion d'héroïsme ne rachète pas l'immensité du mal. D'ailleurs peu d'êtres sont taillés pour le véritable héroïsme. Ayons la loyauté d'en convenir, nous qui sommes revenus."

...

"C'est aux hommes d’État -- qui se disputent âprement la fonction de gouverner et d'assurer notre bonheur - qu'il appartient de nous éviter la guerre. 'est même la plus essentielle de leurs tâches."

Gabriel CHEVALLIER, préface à l'édition 1951
de "La Peur",
Livre de poche, pp 9 et 11


«Tout le monde devrait lire et relire
La Peur Jacques Tardi


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 Extrait de la préface

 

Nos dirigeants et ceux qui aspirent à nous diriger sont-ils à la hauteur, eux qui sont TOTALEMENT imperméables à d'autres visions/idées que les leurs ?

J'ai comme un gros doute.

Des somnambules ...

Arf !

Zgur_

 

20/07/2014

Un peu de géoGrAZAaphie

Billet du 05.01.2009 MAJ les 19.07. et 20.07.2014 qui me parait hélas particulièrement d'actualité.
Voir aussi les articles de Slate du 19.07 et du New York Times qui s'essayent au même exercice (1).

NB : il semble (selon un lecteur) que les proportions que j'ai mises ci-dessous ne sont pas totalement exactes (à quelques kilomètres près), je n'ai pas le temps de tout refaire. Et puis le raisonnement reste juste, lui (à quelques kilomètres près) ;0).

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Dans nos médias Presse-Radio-Télé, on nous parle souvent de sujets sans nous les mettre suffisamment en perspective avec des choses qui nous permettent de comparer et de comprendre.

Plus trivialement, l'expérience de voir en vrai au Louvre "Le radeau de La Méduse" ou "Le sacre de Napoléon", c'est quand même plus impressionnant que de n'en voir qu'une reproduction dans le dictionnaire, le Lagarde et Michard ou Internet.

Et depuis longtemps, je suis, comme beaucoup, informé et désinformé de ce qui se passe en Israël et en Palestine.

Un jour, il y a longtemps, j'ai pris un atlas et j'ai comparé cette région du monde avec une région de France dont je connaissais bien les limites géographiques.

Intéressante expérience.

Alors avec les possibilités de l'infographie moderne, je croyais naïvement que cette manière de voir le terrain d'un conflit serait utilisée par des médias pour nous faire comprendre le mouchoir de poche où se concentre un des conflits qui pourrissent le monde d'aujourd'hui (depuis hier et hélas sans doute encore demain).

Mais nib, à part l'excellente émission Le Dessous des cartes sur Arte ou cet exemple de carte très explicite, vu chez tgb :

medium_palestine.2.jpg

Alors grâce à Googlemaps et mes deux-trois connaissances plus mes trois jours restants de version d'évaluation de Photoshop , je vous ai concocté les cartes suivantes, qui, je l'espère, vous intéresseront :

gaza.jpg

Bande de Gaza

 

Copie de paris gaza.jpg

Région Parisienne (à la MÊME échelle (ou presque)

 

paris gaza 3.jpg

La Bande de Gaza rapportée sur la région Parisienne.

Donc, la Bande de Gaza rapportée à la région Parisienne, irait de Rossy au Nord Est jusqu'à Palaiseau au sud-est et ne couvrirait qu'une bande large d'à peine la moitié de Paris. en son centre, avec deux légers renflements au nord et au sud de la bande dans Paris intra-muros.

Pas grand, n'est-ce pas ?

Ce que Chimulus résume en un dessin tout simple :

gaza chimulus.jpg

 

 

Bon, une autre fois, je vous mettrai le mur des lamentations au niveau de Notre Dame et vous verrez que Tel Aviv est aux environs de Vernon et Damas à Château Thierry.

Étonnant et instructif, non ?

Et s'il y en a des plus doués en Photoshop pour mieux faire, qu'ils ne se gênent pas pour se lancer et nous faire connaitre leurs résultats.

Arf !

Zgur

 

 

Pour info, une autre comparaison (sans carte) :

- Bande de Gaza =  360 km² et 1 376 289 habitants (source wikipedia)

- Département des Hauts de Seine = 176 km2 et 1 532 000 habitant (source wikipedia)

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(1) MAJ 20.07.2017

Carte publiée dans Slate.fr

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Carte publiée dans le New York Times (la bande de Gaza comparée à New York City)

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08/07/2014

Mes années 80 (musicales) sont plus belles que les leurs (4/50) - 1984 & 1986 - en guise d'hommage à Lizzy Mercier Descloux

Billet du 27.04.2010 - MAJ 08.07.2014

Lors de sa création, Radio Nostalgie programmait du rock des années 50/60 : Gene Vincent (un peu), Johnny Halliday (déjà) beaucoup, les yé-yés (trop). Aujourd'hui, la nostalgie, ce sont les années 80. A toutes les sauces, la mode, la musique, la coke (?)...

Mais coté musique des années 80 qu'on fait subir aux auditeurs, je m'énerve vite. Ras le bol de ces merdes qui en étaient déjà à l'époque, même si elles on eu du succès.

Ras le bol des "besoins de rien (et surtout pas d'eux), (PAS) envie de toi", ras le bol des "Images", des "Ricci e poveri" à renier de honte ses origines italiennes, et de toutes ces autres bouses (françaises, italiennes ou d'ailleurs) pour les oreilles.

Il y avait plein d'autres musiques, qui ont eu du succès (ou pas) dans ces années 80.

En voici quelques unes que j'écoutais alors, sans volonté d'exhaustivité.

lmdgazelles.jpg

Quand Lizzy Mercier  Descloux est décédée en 2004, j'avais été frappé par l'indifférence et le silence des médias à son égard. Je n'ai pas souvenir d'avoir lu ou vu alors des articles sur elle et cela m'avait passablement énervé.

J'ai déjà parlé ici de Lizzy Mercier Descloux. C'était dans mon premier hommage à Nelson mandela il y a trois ans déjà. Parce que, avec Paul Simon (Graceland, 1986) et Johnny Clegg (Third world child, 1987),elle est celle qui a fait découvrir dès 1984 la musique d'Afrique du Sud aux français (et à moi) avec cette reprise du succès des Mahotella Queens "Kazet" (plus connu sous le nom d'"Où sont passées les gazelles ?").

 


Lizzy Mercier Descloux les gazelles

Puis en 1986 j'ai retrouvé Lizzy Mercier Descloux, grâce à un ami complètement raide dingue de cet album, plus jazz, où on retrouve sur quatre morceaux le souffle génial de la trompette de Chet Baker.

 

oneforthesoul.jpg

 


Après ça, j'avoue que j'ai perdu le fil, ces deux albums continuant néanmoins de m'accompagner depuis cette époque.

Peu avant son décès, j'avais remarqué son nom dans une revue éditée par un lieu parisien. Content de cette retrouvaille, j'ai alors découvert ses autres aventures, musicales et artistiques (au coeur de la création de la no-wave newyorkaise des années 78-79, amie de Patti Smith, de Jean-Michel Basquiat, etc. cf sa bio sur wikipedia).

Lizzy Mercier Descloux mériterait une place bien plus grande dans les esprits curieux des musiques des années soixante dix à quatre vingt dix. Tous ses disques ont été réédités par ZeRecords, le label de son compagnon (mari ?), mais le site du label est pour l'instant indisponible (MAJ 08.07/2014).

Je vous encourage à les découvrir, cela vaut le détour.

Paz y Salud !

Zgur

 

Bonus :

Un bel article sur la réédition des deux premiers albums de Lizzy Mercier Descloux sur popnews.com

Une reprise de 1995 du Sun is shining de Bob Marley

 

Episodes précédents :

(1/50) - 1980 : Original Mirrors

(2/50) - 1980-1982 : UB40

(3/50) - 1981 & 1984 - Laurie Anderson

 

Retrouvez toute la série en cliquant sur : Mes années 80 (musicales) sont plus belles que les leurs

12/06/2014

Le football, ce n'est pas la guerre

Ha Ha Ha !

Il y avait longtemps que j'avais envie de mettre cette chanson de ZAO sur mon blog (en plus des autres qui y sont déjà)

Car, comme le chante ZAO, et même si certains ont souvent tendance à l'oublier :

Le football ce n'est pas un mystère
Le football il faut savoir y faire
Le football ce n'est pas la guerre
Le football il faut savoir y faire
...

Ce n'est qu'un JEU.

Cela devrait (aurait du) le rester !


 

Et rappelez vous (surtout si vous êtes journalistes),

NON ! IL N'Y A PAS 60 MILLIONS DE SÉLECTIONNEURS EN FRANCE

Que les meilleurs gagnent !

Et que la FIFA crève, comme les mafieux qu'ils sont.

Arf !

Zgur_

 

 

 

 

 

06/06/2014

Si les Ricains n'étaient pas là... ET les Russkoffs !

Il y a 70 ans ...

D-Day.

Le débarquement en Normandie.

Vous devez être au courant devant l'avalanche de reportages, de documentaires, de couverture média, d'interviews des derniers survivants.

Et comme le chanta Michel Sardou

"Si les Ricains n'étaient pas là,
[nous serions] tous en Germanie
A parler de je ne sais quoi
A saluer je ne sais qui"


« Les ricains» est une chanson qui a fait (et fait encore chez certains) scandale*.

Mais moi, (comme je l'ai déjà dit ici dans ce billet sur "les chansons à contre courant" que je reprend ici), cette chanson, je la trouve juste.

Et j’invite ceux qui en douteraient d’aller visiter les plages du débarquement en Normandie et le cimetière américain de Collevile sur mer.

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Bien sûr, les américains ne sont pas venus non plus sans arrière-pensées, notamment pour exporter leur produits et leur style de vie, et pas seulement la « liberté».

Cependant, les jeunes qui se sont fait trouer la peau sur les plages de Normandie sont quand même morts bien loin de chez eux*.

Mais, contrairement à Sardou, je n’oublie pas les morts russes de Stalingrad (du 17 juillet 1942 au 2 février 1943), sans qui nous serions aussi « en Germanie, à écouter je ne sais quoi, à saluer je ne sais qui ».

Pas trouvé de chanson française sur Stalingrad, mais j'ai choisi cette bande annonce de film russe (2013) qui montre, un peu comme "Il faut sauver le soldat Ryan" la sauvagerie de la guerre.


Sauvagerie encore montrée, du point de allemand, avec les images du "Stalingrad" de Josef Wilsmaier (1993) et la chanson  "Ohne Dich" de Rammstein.

La guerre est une saloperie.

Et si il faut savoir la faire parfois, dans ces (rares) cas là, on peut TOUJOURS regretter de ne pas avoir fait ce qui aurait pu l’empêcher, ou d’avoir laissé faire ce qui la provoquée.

Ça vaut pour les guerres passées, comme pour la prochaine qui s’annonce.

Si seulement ceux qui nous gouvernent ou y aspirent pouvaient garder cela en tête.

Toujours.

Paz y Salud !


Zgur_

 

 

*  à écouter : ce pastiche par Renaud datant de 1977

** tout comme les combattants des colonies françaises (et autres)

 

Addendum 12.06.2014

lire : [L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ?

et un petit rappel :

politique,d day,6 juin 1944,débarquement,les ricains,michel sardou,stalingrad

addendum du 02.07 :

A LIRE ABSOLUMENT Pourquoi De Gaulle refusa-t-il toujours de commémorer le débarquement du 6 juin ?

04/06/2014

Sale anniversaire Place Tien An Men (ter repetita)

Billet du 03.06.2009 (original du 06.06.2007) MAJ 04.06.2014

Il y a deux ans cinq ans, je postai le texte suivant à propos de la répression de la place Tien An Men. Il a un nombre régulier de visites tout au long de l'année, en raison du bon classement des images dans google images. A le relire, je n'ai rien à en enlever. A peine une simple correction à faire.

 

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"Putain, déjà dix-huit vingt ans vingt-cinq ans !

Dix huit Vingt cinq  ans après l'écrasement des manifestants de Tien An Men, la Chine a bien changé. Mais la liberté politique, et la liberté tout court, oui vous savez celle qui est censée être "embedded" avec les lois du marché, cette liberté n'est toujours pas d'actualité en Chine.

Le laogai et l'esclavage des travailleurs pauvres, eux, le sont toujours et encore, d'actualité.

Pour que nos travailleurs pauvres puissent acheter leur fringues à pas cher et oublier de se révolter aussi devant la déréliction de notre tissu social.

Pour que Zidane Ribery, Ronaldo et consorts continuent de se pavaner avec leurs pubs trop grassement payées pour des godasses à mille balles fabriquées dans des usines concentrationnaires dignes du Zola du XIXème siècle.

Pour que les actionnaires qui regardent ailleurs s'en mettent à plus de 15% de ROI par an.

D'ailleurs, c'est ce que disait le connard d'homme d'affaires que j'avait entendu à l'époque, juste après la répression sanglante : "Il était temps que ça s'arrête ces conneries, ça nuit aux affaires."

C'est sûr que ce n'est pas son fils qui s'est fait écrabouiller par un char lors de la nuit sanglante, ni fini une balle dans la nuque.

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Pour avoir réclamé quoi déjà ?

La liberté de conscience ?

Pas rentable ce machin, à la bourse des valeurs mobilières et selon leurs manuels de management.

...

Et je me souviens aussi de ces contre-manifestations hallucinantes organisées par des maoïstes français pour contrer les manifestations de soutien de chinois de France aux étudiants de Tien An Men.

Il faudrait retrouver cet abruti qui éructait à Paris son crédo maoïste à la gueule d'un dissident chinois qui, revenant de Chine, savait de quoi retournait la réalité et la brutalité du régime.

Il fait peut-être maintenant fabriquer en toute bonne conscience des T-shirts "Fuck capitalism" au moins cher dans les usines textiles concentrationnaires de ce nouvel eldorado du capitalisme le plus débridé.

Arf!

 

Pendant ce temps, les affaires continuent.

Va falloir qu'on se prépare aussi.

Ça va bientôt être  notre tour.

Ça l'est déjà, d'une certaine manière.

 

Zgur

 

A lire :

- Les livres de  Simon Leys

- "Les archives de Tienanmen"

 

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MAJ 2011 : Je rajouterai simplement ce que je disais en commentaire il y deux ans :

"Le zéro et l'infini", l'expression d'Arthur Koestler [...] s'appliquerait bien à la différence de conceptions de l'individu entre la tête des dirigeants chinois (héritiers du communisme et du confucianisme) et la notre.

Et je vous encourage aussi à vous informer sur les mémoires posthumes de Zhao Zyiang, un des dirigeants du PC chinois de cette époque.

Paz y salud

Zgur

 

 

 

30/05/2014

Pourquoi le FN ? Un début de reponse par la littérature et le polar

J'ai lu ce bouquin, "Le Bloc", de Jérôme Leroy il y a quelques mois, et cela fait quelques mois que je voulais faire un billet avec cet extrait. Le moment est venu, non ?

le-bloc-jerome-leroy.jpg

Extrait :

"Tu reviens au souvenir de la maquilleuse beurette. C'était quoi, en 92, 93 ? Tiens, les grandes années du Fou Français, l'hebdo de François Erwan Combourg. Peur et haine, donc. Ce genre de mélange mortifère qui est le prélude aux carnages. Comme celui à bas bruit, qui se déroule, en ce moment même, un peu partout en France.

Tu voyais aussi à l'époque la même chose, les mêmes sentiments, quand tu accompagnais Agnès ou un autre candidat du Bloc en campagne, dans le regard des petits Blancs paniqués qui formaient le socle dur de votre électorat. Que ce soit dans les salles municipales de banlieue, avec à l'extérieur des bandes de cailleras et des associations antifascistes qui manifestaient contre votre venue. Ou dans les réunions électorales sous les préaux de villages de l'Est, qui n'avaient jamais vu un Arabe ni un Turc de leur vie mais qui vous filaient trente ou quarante pour cent des voix à chaque élection parce que, c'est bien connu, on déteste encore plus et on est encore plus angoissé par ce qu'on ne connait pas mais que l'on croit connaître.

Il avaient tous peur, les Français, de toute manière : la beurette maquilleuse avait peur, les petits Blancs avaient peur, les cadres délocalisables avaient peur, les mômes de cités avaient peur, les flics avaient peur. Les profs des collèges de ZEP, les toubibs en visite dans les HLM déglinguées , les retraités pavillonnaires, les ados blancs des zones rurbanisées avaient peur.

Les Chinois avaient peur des Arabes, les Arabes avaient peur des Noirs, Les Noirs des Turcs, les Turcs des Roms. Tous avaient peur, tous avaient la haine. Et d'abord la peur et la haine les uns des autres.

Ça ne s'est pas calmé depuis, c'est le moins que l'on puisse dire, et c'est même pour ça que tu risques de te retrouver secrétaire d'Etat la semaine prochaine.

L'explosion a eu lieu.

C'est étrange mais, à part le pouvoir qui panique, on dirait presque qu'il y a un soulagement suicidaire dans le pays. L'abcès est enfin crevé. Haïssez vous les uns les autres. Craignez-vous les uns les autres.

Contrairement à ce qu'a voulu faire croire la volaille médiatique - elle s'est calmée depuis quelques semaines, elle ne sait plus trop de quoi ses lendemains vont être faits si vous avez vos dix ministères, comme le laisse entendre la rumeur que vous démentez de plus en plus mollement - ce n'est pas vous le Bloc Patriotique, qui l'avez créée cette peur.

Que vous l'ayez entretenu cet affolement haineux, c'est une chose, mais d'autres avaient déjà bien sapé les fondations de la maison, quand vous avez décidé de la prendre. Quand le Chef s'était dit, de retour en France après avoir joué au mercenaire un peu partout en Afrique : c'est bon, le fruit est mur. Depuis toutes les vieilles solidarités avaient été méthodiquement détruites. La société était devenu une jungle. Vous vous êtes contentés de ramasser la mise."

 Le Bloc (pp. 17-18 ed. Folio)
(
Les passages en gras l'ont été par moi)


Un excellent roman à clefs (faciles à deviner) qui brasse toute l'histoire récente de l'extrême droite en France, et la met en perspective jusqu'à la prise de pouvoir*.

Un début de réponse, un bout de réponse sur pourquoi le FN est maintenant à 25% (et parfois plus haut dans certains coins) de l’électorat qui vote. Ce qui est effrayant même ramené aux 10% sur le nombre  d'inscrits, car il suffit de peu (et de beaucoup d'abstentionnistes) pour provoquer des situations devenant vite incontrôlables.

Une version romancée de ce que nous prédit Bernard Stiegler dans l'Express de cette semaine : "Le Front national sera majoritaire".

Mais rien n'est jamais sûr.

Jamais.

Encore faudra-t-il que l'on sorte de la nasse.

"le modèle fordiste et keynésien, qui consistait à redistribuer les gains de productivité pour distribuer du pouvoir d'achat et "faire tourner" la machine consumériste, est définitivement mort."

B. Stiegler

Or, "Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre"( Albert Einstein) et ces cons sont encore et plus que jamais au pouvoir, ou veulent y accéder by all means necessary !

Il y a du boulot.

Pour les dégager, d'abord.

Et ne pas voir le FN y faire son nid de coucou.

Pas si simple.

"J'aimerais que cette soirée de merde soit aussi la fin de l'antifascisme en peau de zob. Ce soir,  la France n'est pas menacée par les fachos. Elle est menacée par le capitalisme aux abois, en crise systémique. Ce ne sont pas des SS imaginaires qu'il faut défoncer, c'est le patronat. Marine Le Pen, ce n'est pas le masque de Hitler, juste celui de Gattaz.  Et en 2014, c'est bien plus inquiétant."

Jérôme Leroy, Réformer en profondeur dans ton cul
dimanche 25 mai 2014


Ne pas se tromper d'ennemi, du vrai ennemi !

Pas si simple

Arf !


Zgur_



A lire chez Rue89 en 2011 «Le Bloc», un polar qui se risque dans la peau de fascistes

Lire aussi ben sûr le blog de Jérôme Leroy Feu sur le quartier Général

 

 

 

 

 
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