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02/10/2018

Etouffer par avance toute révolte

J'ai croisé ce texte ce matin sur Facebook.

Bien que publié en 1956, il m'a semblé d'une actualité brûlante.

Je vous laisse en juger par vous même  :

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »

Günther Anders, "L’Obsolescence de l’homme", 1956

 

On y trouve tout ce qui fait le monde actuel et les causes de sa résignation à l'inacceptable (conditionnement des masses, abrutissement publicitaire, diversion de la colère vers des futilités, la peur et l'anti-intellectualisme encouragés).

obsolescence-de-lhomme.jpg

Ce  texte est  tiré  d'un  livre de Günther Anders (1902-19992), dont le nom me disait vaguement quelque chose  mais que je ne connaissais pas vraiment.

C'est un "penseur, journaliste et essayiste allemand puis autrichien", premier mari d'Hannah Arendt, dont le principal sujet des écrits est "la destruction de l'humanité", nous dit sa notice Wipkipedia.

Vu ce que j'en découvre, il est étonnant que je ne l'aie pas croisé plus tôt.

Je crois que je vais en lire un peu plus.

Et vous ?

Arf  !

Zgur_

 

 

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