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30/05/2014

Pourquoi le FN ? Un début de reponse par la littérature et le polar

J'ai lu ce bouquin, "Le Bloc", de Jérôme Leroy il y a quelques mois, et cela fait quelques mois que je voulais faire un billet avec cet extrait. Le moment est venu, non ?

le-bloc-jerome-leroy.jpg

Extrait :

"Tu reviens au souvenir de la maquilleuse beurette. C'était quoi, en 92, 93 ? Tiens, les grandes années du Fou Français, l'hebdo de François Erwan Combourg. Peur et haine, donc. Ce genre de mélange mortifère qui est le prélude aux carnages. Comme celui à bas bruit, qui se déroule, en ce moment même, un peu partout en France.

Tu voyais aussi à l'époque la même chose, les mêmes sentiments, quand tu accompagnais Agnès ou un autre candidat du Bloc en campagne, dans le regard des petits Blancs paniqués qui formaient le socle dur de votre électorat. Que ce soit dans les salles municipales de banlieue, avec à l'extérieur des bandes de cailleras et des associations antifascistes qui manifestaient contre votre venue. Ou dans les réunions électorales sous les préaux de villages de l'Est, qui n'avaient jamais vu un Arabe ni un Turc de leur vie mais qui vous filaient trente ou quarante pour cent des voix à chaque élection parce que, c'est bien connu, on déteste encore plus et on est encore plus angoissé par ce qu'on ne connait pas mais que l'on croit connaître.

Il avaient tous peur, les Français, de toute manière : la beurette maquilleuse avait peur, les petits Blancs avaient peur, les cadres délocalisables avaient peur, les mômes de cités avaient peur, les flics avaient peur. Les profs des collèges de ZEP, les toubibs en visite dans les HLM déglinguées , les retraités pavillonnaires, les ados blancs des zones rurbanisées avaient peur.

Les Chinois avaient peur des Arabes, les Arabes avaient peur des Noirs, Les Noirs des Turcs, les Turcs des Roms. Tous avaient peur, tous avaient la haine. Et d'abord la peur et la haine les uns des autres.

Ça ne s'est pas calmé depuis, c'est le moins que l'on puisse dire, et c'est même pour ça que tu risques de te retrouver secrétaire d'Etat la semaine prochaine.

L'explosion a eu lieu.

C'est étrange mais, à part le pouvoir qui panique, on dirait presque qu'il y a un soulagement suicidaire dans le pays. L'abcès est enfin crevé. Haïssez vous les uns les autres. Craignez-vous les uns les autres.

Contrairement à ce qu'a voulu faire croire la volaille médiatique - elle s'est calmée depuis quelques semaines, elle ne sait plus trop de quoi ses lendemains vont être faits si vous avez vos dix ministères, comme le laisse entendre la rumeur que vous démentez de plus en plus mollement - ce n'est pas vous le Bloc Patriotique, qui l'avez créée cette peur.

Que vous l'ayez entretenu cet affolement haineux, c'est une chose, mais d'autres avaient déjà bien sapé les fondations de la maison, quand vous avez décidé de la prendre. Quand le Chef s'était dit, de retour en France après avoir joué au mercenaire un peu partout en Afrique : c'est bon, le fruit est mur. Depuis toutes les vieilles solidarités avaient été méthodiquement détruites. La société était devenu une jungle. Vous vous êtes contentés de ramasser la mise."

 Le Bloc (pp. 17-18 ed. Folio)
(
Les passages en gras l'ont été par moi)


Un excellent roman à clefs (faciles à deviner) qui brasse toute l'histoire récente de l'extrême droite en France, et la met en perspective jusqu'à la prise de pouvoir*.

Un début de réponse, un bout de réponse sur pourquoi le FN est maintenant à 25% (et parfois plus haut dans certains coins) de l’électorat qui vote. Ce qui est effrayant même ramené aux 10% sur le nombre  d'inscrits, car il suffit de peu (et de beaucoup d'abstentionnistes) pour provoquer des situations devenant vite incontrôlables.

Une version romancée de ce que nous prédit Bernard Stiegler dans l'Express de cette semaine : "Le Front national sera majoritaire".

Mais rien n'est jamais sûr.

Jamais.

Encore faudra-t-il que l'on sorte de la nasse.

"le modèle fordiste et keynésien, qui consistait à redistribuer les gains de productivité pour distribuer du pouvoir d'achat et "faire tourner" la machine consumériste, est définitivement mort."

B. Stiegler

Or, "Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre"( Albert Einstein) et ces cons sont encore et plus que jamais au pouvoir, ou veulent y accéder by all means necessary !

Il y a du boulot.

Pour les dégager, d'abord.

Et ne pas voir le FN y faire son nid de coucou.

Pas si simple.

"J'aimerais que cette soirée de merde soit aussi la fin de l'antifascisme en peau de zob. Ce soir,  la France n'est pas menacée par les fachos. Elle est menacée par le capitalisme aux abois, en crise systémique. Ce ne sont pas des SS imaginaires qu'il faut défoncer, c'est le patronat. Marine Le Pen, ce n'est pas le masque de Hitler, juste celui de Gattaz.  Et en 2014, c'est bien plus inquiétant."

Jérôme Leroy, Réformer en profondeur dans ton cul
dimanche 25 mai 2014


Ne pas se tromper d'ennemi, du vrai ennemi !

Pas si simple

Arf !


Zgur_



A lire chez Rue89 en 2011 «Le Bloc», un polar qui se risque dans la peau de fascistes

Lire aussi ben sûr le blog de Jérôme Leroy Feu sur le quartier Général

 

 

 

 

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