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04/06/2009

Abstention, piège à cons

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A l'approche des prochaines élections européennes, la question de l'abstention est revenu dans les discussions. J'y ai souvent participé et il ne surprendra aucun lecteur de ce modeste blog que je suis pour le vote et contre l'abstention. J'ai tenté de synthétiser mes différentes interventions en ce qui suit :

Nous avons trois options "offertes" par notre système de représentation "démocratique" :

- s'abstenir

- voter blanc ou nul (inscrire "connards" ou "merde" sur son bulletin, tant qu'on a un bulletin)

- exprimer son vote

sans oublier le fait que de nombreuses personnes ne sont pas inscrites sur les listes électorales.

Cela fait donc plutôt quatre options possibles, en tenant compte du refus de s'inscrire :

 

1) Ne pas être inscrit (volontairement)

C'est rejeter le système. Par principe.

C'est une position honorable mais qui n'est cohérente QUE si on rejette tout le système et qu'on crée le sien dans son coin. Quelqu'un qui refuse de s'inscrire et de voter et qui vient après réclamer une hausse du RMI me semble particulièrement incohérent. Voire un simple parasite du système qu'il honnit mais qui ne peut vivre qu'en symbiose avec ce même système qu'il prétend rejeter.

 

2) S'abstenir

A priori, c'est une autre façon de rejeter le système, de refuser l'offre qui nous est présentée.

Mais s'abstenir, c'est laisser les autres décider du choix. Jusqu'à les laisser, même peu nombreux, même moins nombreux, choisir le pire. On ne sait pas pas non plus déterminer dans les abstentionnistes qui sont ceux qui rejettent le système et qui sont ceux qui s'en foutent ou ont simplement oublié (?) ou sont dans l'impossibilité temporaire de voter.

 

3) Voter blanc ou volontairement nul

C'est rejeter le choix qui nous est offert. Et le faire savoir.

Ce vote n'est pas pris en compte dans le calcul des pourcentages. Le chiffre brut des "blancs et nuls" n'est d'ailleurs pas communiqués dans les résultats. Comme il m'a toujours intéressé, j'ai toujours du le déduire approximativement à partir du pourcentage et du nombre de votants. Les tenants de la prise en compte du vote blanc sont nombreux. J'en fais partie à deux conditions, celle de rendre le vote obligatoire et celle d'annuler le vote (et de recommencer) si les blancs atteignent un certain niveau (à déterminer mais plutôt élevé).

Je considère qu'un vote blanc est plus marquant de l'expression du rejet qu'un abstention. Et si on atteignait 40% de votes blancs (et nuls) plutôt que 40% d'abstention, cela aurait plus de poids dans le débat politique. C'est ce que veut montrer l'écrivain portugais et Prix Nobel de Littérature 1998 José Saramago dans son roman "La lucidité" (1)

 

4) Exprimer son vote

C'est exprimer son choix.

Et choisir, c'est bien connu, c'est renoncer.  C'est donc souvent voter à son corps défendant pour un(e) candidat(e) ou une liste qui ne nous convient pas tout à fait. Hélas, c'est le cas dans la plupart des choix que nous avons à faire dans la vie. Très rares sont les  moments de notre vie où nos choix, nos actions, les objets de nos choix sont  en accord total avec nos convictions profondes. Si rares d'ailleurs qu'on s'en souvient généralement  toute notre vie.

J'ai vraiment l'impression que celles et ceux qui disent ne pas vouloir aller voter parce que "Ils" n'ont pas tenu compte de notre vote NON au TCE (donc que voter ne sert à rien) sacralisent le vote bien plus que je ne le fais.

Mon choix est de d’abord virer les plus nocifs ou de les empêcher d’arriver au pouvoir, qu’il soit local, régional ou national. "Primus non nocere", comme dit le serment d’Hippocrate, "D’abord ne pas nuire".

S je partage l'avis de beaucoup sur Ségolène Royal et le P"S", je préfèrerais quand même aujourd’hui être en train de contester sa politique social traître plutôt que d’avoir envie de dégueuler chaque fois que mon oeil se pose sur Sarko dans tous les journaux. Et je rappelle que quelques personnes seraient encore en vie plutôt que de s’être (entre autre) jetés par la fenêtre pour éviter les rafles de notre belle police sarkozyste. Pour moi ça fait déjà une grande différence. "Primus non nocere" ...

Et pour les élections européennes, ne pas voter c’est rater la seule occasion de voter à la proportionnelle (même faussée par les scrutins régionaux) et de peut-être trouver une liste correspondant mieux à nos idées. Certes, on n’empêchera pas, par exemple, Barnier et Dati d’être élus en Ile de France, mais on peut limiter le nombre de leurs amis.

Et cela aura un impact puisque le parlement européen a plus de pouvoir que le parlement (de godillots umpistes) français (voir le cas du temps de travail, dans la chronique de Gérard Filoche dans Siné Hebdo de cette semaine).

Bref, la tactique de François Ruffin et ses amis à Amiens (on se débarrasse d’abord de de Robien et ensuite on rappelle aux nouveau élus le lendemain même de la victoire pourquoi on l’a fait et ce qu’on veut vraiment) me semble bien plus intéressante.

Mon cauchemar est une France qui se comporterait comme Levallois (2) suivant la loi de Blakany et qui conforterait ainsi Sarko et sa clique avec plus d’abstentionnistes que de votants pour eux  !

Alors même si la couverture de Siné Hebdo me fait rire :

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Je suis sûr que tant qu'à se faire baiser, il vaut mieux quer ce soit avec de la vaseline et en le sachant qu'à sec et par surprise.

Et ce n’est surement pas en s'abstenant dimanche prochain qu’on empêche(ra) l’élection au parlement européen de quelques connards  de droite de plus, ou de ceux qui se prétendent de gauche.

Si élections = piège à cons, je sais, mais c'est parfois utile et très simple pour se débarrasser de fâcheux.

Alors, évitons de les inviter.

Votons (et PAS nul, ni blanc, si possible).

Arf !

Zgur

 

 

Notes :

(1) "Ce que je dis, c’est que on peut choisir de voter pour un parti, on peut rester chez soi, on peut rayer son vote ou on peut voter blanc. L’abstention, c’est la solution la plus facile, mais ce n’est guère significatif. Tandis que les gens qui font l’effort d’aller voter peuvent, par le vote blanc, exprimer d’une manière claire un mécontentement. Et dire qu’ils en ont marre de voter depuis si longtemps sans voir, dans les faits, de changement. Même 20% de votes blancs pousseraient les gens à réfléchir. Vous savez, je ne fais pas mystère de mes convictions, je suis communiste. On me l’a souvent reproché, comme si j’étais un ennemi de la démocratie. C’est absurde. Je suis, au contraire, un communiste qui dit : sauvons la démocratie. Car ce que nous avons là, que nous appelons démocratie, n’est qu’un simulacre. On se rit des pauvres dans les cabinets du pouvoir. On rigole du troupeau que nous sommes. Il est temps de faire quelque chose."

cf entretien avec Saramango là : http://partiblanc.blogspot.com/search/label/saramago

 

(2) L'éléction de Blakany en 2001 à Levallois ayant été annulée, il a été réélu, rappellons le, en septembre 2002 avec environ 4 500 voix (sur 34 500 inscrits) d'avance sur son plus proche adversaire avec 15 700 abstentionnistes (45% des inscrits).   Les chiffres bruts sont toujours plus parlant à mon humble avis:

Patrick Balkany (divers droite) 9 839 voix (53,78 %) ELU

Union pour Levallois (divers droite) 5 053 (27,62 %)

Union de la gauche 3 404 (18,61 %).

Total contre Balkany = 8 457 voix

Blancs et nuls 480

Et nombre d'abstentionnistes : 15 733 ... sur 34 500 inscrits!!!

Les asnièrois, eux, se sont débarrassés de Aeschliman (condamné depuis en première instance).

 

Commentaires

Ce billet est très bon et très juste. Bon, il défend ensuite des conclusions auxquelles je n'adhère pas forcément (quoique je déteste Balkany et ce qu'il représente), mais tu as raison : abstention piège à gros cons !

Bonne fin de semaine

Écrit par : Falconhill | 05/06/2009

@ falcon

Je te concède volontiers qu'il n'y a pas de connards qu'à droite.

Arf !

Zgur

Écrit par : Zgur | 05/06/2009

Merci Zgur pour cet excellent billet. Je crains comme je l'avais déjà marqué ici que la forte abstention provienne en partie de ceux qui en veulent à la présidence d'avoir ignoré le "Non" majoritaire en imposant le mini-traité donc outre le vote. A quoi ça sert ? Les minorités élues n'imposeront rien.

Une bonne raclée de principe pour désavouer ceux qui nous gouvernent et se vantent de peser dans l'Europe, à espérer.

Écrit par : agathe | 05/06/2009

Il ne faut pas se faire d'illusions sur la mémoire du non à la constitution européenne : elle n'existe tout simplement pas dans l'électorat populaire qui vit avec d'autres préoccupations plus immédiates que la construction européenne. Le rappel du non à la constitution n'est le fait que des intellectuels et des intermédiaires intellectuels, de gens qui prennent du temps, de l'argent pour s'informer, mais sûrement pas de ceux qui ne lisent aucun journal papier sauf des gratuits et qui n'iront pas s'informer sur des sites en ligne sauf ceux de TF1, Doctissimo, AuFéminin auxquels ils ne croient pas tout en tentant d'y croire... Il ne faut pas confondre le symptôme (le non à la constitution) et la cause (qui demeure celle des abstentions passées, toujours en augmentation au fil des élections). Ce n'est pas en déclarant qu'il est porteur du non à la constitution qu'un quelconque parti parviendra à mobiliser les électeurs à voter pour son programme et il y a bien des gens qui s'engagent dans ce discours en circuit fermé, s'autoreproduisant à l'infini comme l'ouroboros, autour du non qui serait le début et la fin de tout. C'est toute la phraséologie alter ou de la gauche de la gauche qui est à côté de la plaque en répétant à satiété le non comme explication suprême sans voir les raisons plus profondes.

Écrit par : Dominique | 05/06/2009

Oups…

"Abstention, piège à con", je veux bien (à la limite, hein). Disons, pour des exemples comme Balkany… Mais j'ai quand même du mal à comprendre comment ce modèle serait transposable pour les Européennes.

Il me semble que, pour ce scrutin, la seule vraie victoire serait celle d'une abstention massive, un désaveu massif, immense, choquant. Même si on ne s'arrête pas sur le référendum de 2005 et sur la façon dont l'expression populaire a ensuite été piétinée - perso, j'en reste là : hors de question de participer à un quelconque scrutin européen après un tel foutage de gueule - , l'espoir de changement incarné par ton vote me paraît excessivement limité. Pour la bonne raison que c'est l'Europe qu'il faut changer, pas la composition du Parlement européen.

A la limite, un vote massif en faveur des partis de gauche marquée demain ne changera rien au schmilblick : tant que cette Europe-ci ne sera pas mis à bas, il n'en sortira rien de bon. Et qu'il y ait deux députés de plus ou de moins pour le Front de gauche et le NPA, ce sera du pareil au même.

Bref : vive la pêche !

Écrit par : JBB | 06/06/2009

@ JBB

"l'espoir de changement incarné par ton vote me paraît excessivement limité"

Limité peut-être.
Mais la pêche, elle, ne fera RIEN contre cette Europe que nous détestons.
Aussi efficace qu'un pet de lapin sur une toile cirée.

Et si tu crois que l'abstention sera prise en compte comme l'expression de ton refus, tu te trompes. Ton abstention ne vaut pas plus que le non-vote de l'étourdi, du grabataire ou du cuveur de sa soirée de la veille trop arrosée.

Un vote blanc ou nul massif serait une expression valable du refus. Pas l'abstention.
Mais cela ne changerait rien à l'inefficacité contre nos adversaires en poste à l'assemblée européenne, ici et maintenant, et demain, comme on pourra le voir bientôt sur le temps minimum de travail (sujet de la chronique de Gérard Filoche dans Siné Hebdo).

En fait, toi et ceux qui vont s'abstenir pour les mêmes raisons que toi avez deux défauts majeurs :
- vous sacralisez trop le vote ("Nan, j'y retourne pas. N'ont pas tenu compte de mon bulletin la dernière fois !")
- vous avez intériorisé l'idée de la défaite de vos idées par les urnes ("Un député de gauche de plus ou de moins, ça ne changera rien").

Alors qu'est ce qui reste ?

Tu sais bien que je n'idéalise pas le vote. Mais je refuse de me priver de cette possibilité d'empêcher certains (genre Balkany, ou un député européen de l'UMP de plus) d'être à un poste de pouvoir.

Ça sera bien facile pour vous de venir couiner demain que la droite présidentielle pavane avec un un score minable et une représentation brute minable de 12.5% du corps électoral.

Alors fais ce qui te plait.
Mais réfléchis encore avant d'aller pécher.

Paz y salud !

Et Arf ! quand même.

Zgur

Écrit par : Zgur | 06/06/2009

Tes arguments me paraissent que plus recevables. D'ailleurs, ils sont ceux de beaucoup de gens que je côtoie (à commencer par l'interviewé que tu mets en lien), qui estiment qu'un scrutin, quel qu'il soit, est d'abord une question de rapports de force : l'important serait que le moins néfaste pour nous s'établisse. Il y a là quelque chose de vrai, je ne vais pas te raconter de conneries : je préfère voir un bon score du Front de gauche et du NPA qu'une victoire de ces dindons sans cervelle de l'UMP.

Je suis aussi conscient de ce que ma position peut avoir de pureté-mal-placée : à trop sacraliser le vote, comme tu le fais remarquer, à trop donner d'importance à son bulletin, on finit par n'en rien faire. Quelque part, ça peut être vu comme bêtement contre-productif.

Bref : je ne suis pas sourd à tes arguments. Et en la matière, je suis plutôt partisan d'une coalition des hommes de bonne volonté : ceux qui votent "bien" et ceux qui refusent de voter pour de "bonnes raisons" partagent finalement les mêmes objectifs. Rien ne les oppose.

Mais voilà : je suis intimement convaincu qu'il faut mettre à bas notre actuel système représentatif, lequel ne cesse de prouver combien il ne fonctionne plus, sinon pour spolier le peuple. Voter n'est rien d'autre qu'une façon de maintenir sous perfusion un système qui, sans l'alibi des scrutins, serait mis bas, ou au moins devrait afficher crûment tout le mépris qu'il porte à ceux qu'il prétend représenter. Indirectement, tout vote contribue à faire tourner la machine que nous combattons. Même quand il s'agit de voter pour des personnes aux idées plutôt sympathiques.

Mais encore une fois : sur cette question, nous avons des points de vue très différents, et les deux me semblent respectables. Donc : bon vote (et en ce qui me concerne, résolument : joyeuse pêche)

Et aussi : arf itou !

Écrit par : JBB | 07/06/2009

"Indirectement, tout vote contribue à faire tourner la machine que nous combattons. Même quand il s'agit de voter pour des personnes aux idées plutôt sympathiques."

Là, tu esquives mon argument sur le vote blanc et nul : "si on atteignait 40% de votes blancs (et nuls) plutôt que 40% d'abstention, cela aurait plus de poids dans le débat politique."

Et puis, pour beaucoup qui appellent à l'abstention (et là, je ne parle pas de toi), c'est plus facile de crier victoire avec 40 ou 50% d'abstention, puisqu'ils enrôlent ainsi sous leur bannière celles est ceux qui n'ont pu aller voter sans forcément REFUSER d'aller voter.
Il leur serait plus risqué - politiquement - de se compter vraiment en appelant au vote blanc (ou nul) réellement protestataire et EXPRIMANT réellement un refus.

Bref, ton abstention de refus va se diluer ce soir dans l'abstention de ceux qui s'en foutent ou n'ont simplement pas pu aller voter.
Une goutte d'eau stérile dans le sable stérile.
Pas forcément mieux qu'un vote exprimé qui pourrait empêcher un UMP ou un P"S" de plus à l'assemblée européenne, tu en conviendras.

Arf !

Zgur

Écrit par : Zgur | 07/06/2009

"Là, tu esquives mon argument sur le vote blanc et nul"

Non, non, je n'esquive pas. Mais tant que le vote blanc sera assimilé à une abstention, il me semble que son poids éventuel restera très limité.

"Bref, ton abstention de refus va se diluer ce soir dans l'abstention de ceux qui s'en foutent ou n'ont simplement pas pu aller voter."

Je suis d'accord et c'est bien tout le problème de l'abstention, je me retrouve dans un même ensemble que des gens qui s'en fichent comme d'une guigne ou, pis, qui refusent de voter pour des raisons diamétralement opposées aux miennes.
Mais quand même : la progression de ce front du refus du vote, internationale de ceux qui traînent des pieds pour se rendre à l'isoloir, me semble loin d'être anodine. Même si elle reste très hétéroclite, c'est désormais une force politique. Vague, peu cadrée, mais politique.

"Pas forcément mieux qu'un vote exprimé qui pourrait empêcher un UMP ou un P"S" de plus à l'assemblée européenne, tu en conviendras."

Je conviens, je conviens. Mais quand même : I would prefer not to, comme dirait l'autre.

Écrit par : JBB | 08/06/2009

Professeur Choron, que pensez-vous de ceux qui n'ont pas voté pour Ahmadinejad à Téhéran tout en sachant qu'ils avaient la possibilité de s'abstenir le 29 mai 2005 ou de voter pour Chirac contre Le Pen, ou inversement, en 2002 ?
- Qu'ils crèvent !

Écrit par : Olivier | 15/06/2009

http://www.politis.fr/article7354.html

Écrit par : Djé | 15/06/2009

On était prévenu mais cet enfoiré a supprimé la vaseline ;-)

Écrit par : des pas perdus | 31/12/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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