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09/02/2009

Tirs sur la foule à Madagascar : déjà en 1991

Madagascar, l'Île Rouge, est , vue du ciel, comme une terre qui saigne dans la mer.

Et la voilà qui voit de nouveau couler le sang de ses habitants.

Sans remonter (on devrait pourtant) à la colonisation sanglante de Galieni ou à la repression imitoyable de la révolte de 1947, déjà en 1991, la population malgache s'est révoltée contre son président d'alors l'"amiral rouge" Didier Ratsiraka qui gouvernait  depuis 1975 et d'une main de fer Madagascar, alors une soi-disant république socialiste soi-disant démocratique.

Le président Ratsiraka a fait alors tirer ses hélicoptères sur la foule qui se dirigeait vers son palais, en commandant lui-même les opérations par radio:

Madagascar 10 aout 1991

 

1993 : exit Ratsiraka qui viendra se réfugier dans les HLM de la ville de Paris avec la bénédiction du maire d'alors Jacques Chirac.

Ratsiraka reviendra au pouvoir aux élections présidentielles de 1997 en profitant de l'incurie des hommes politiques qui l'avaient dégagé et de la destitution constitutionnellement acrobatique du président Zafy.

Mais Ratsiraka sera de nouveau chassé du pays par les malgaches en 2002, non sans avoir auparavant mené le pays au fond du gouffre économique et au fond du gouffre politique avec une tentative de séparatisme des provinces cotières conduisant à six mois de blocage total de l'économie de ce pays déjà parmi les plus pauvres de la planète (malgré ses immenses richesses naturelles et culturelles).

Didier Ratsiraka et sa famille vinrent de nouveau se réfugier en France, mais dans les beaux quartiers de Neuilly cette fois.

Marc Ravalomanana ex-maire de la capitale Antananarivo s'était finalement fait élire président de façon constitutionnellement acrobatique en 2002 mais représentait alors les aspirations au changement d'un pays et d'un peuple exangue qui croyait que ce self-made made placerait enfin Madagascar sur l'orbite du développement économique et culturel.

Mais les promesses ne furent pas tenues.

La famille et les entreprises du nouveau président eurent vite fait d'accaparer quasiment tous les rouages de l'économie et de chasser les importuns qui génaient leur emprise. Marc Ravalomanana se fera réélire président sans que les aspirations des malgaches exaucées malgré certaines améliorations visibles. Les prix des denrées de premières nécessité continueront de monter.

En 2008, Andry Rajoelina, le nouveau maire de la capitale, semble capitaliser sur son nom les récriminations des malgaches. Et il tire profit du scandale provoqué par la location de terres arables pour de l'agro-busines coréen puis de l'interdiction de sa chaine de télévision en décembre pour chercher l'épreuve de force. Il faut noter que cette interdiction a été décidée par le pouvoir malgache en place en raison de la diffusion pas la chaîne de  d'une interview de l'ancien président Ratsiraka, pourtant contraint au silence par son quasi statut de réfugié politique en France. On peut légitimement se demander ce que pense le pouvoir français de cette rupture de silence de Didier Ratsiraka. Mais la question n'a pas été posée.

L'épreuve de force entre le nouveau et l'ancien maire de Tananarive s'est poursuivie en 2009, chacun annonçant la destitution de l'autre, pour culminer ce samedi 7 février par un nouveau carnage avec la garde présidentielle qui a tiré sur la foule se dirigeant vers l'un des palais présidentiels de la capitale, sans qu'on sache encore qui a donné l'ordre.

Bilan annoncé : autour de 50 morts et de 270 blessés.

 

Antananarivo samedi 7 février 2009 "Ils disent qu'ils vont tirer" 2':12''

 

Il y aurait évidemment des clans et des appétits féroces derrière les forces aujourd'hui en présence.

Protestants (Ravalomanana) contre catholiques (Rajoelina) ?

Américanophiles contre francophiles ?

Nouveaux possédants contre anciens possédants ?

Quoi d'autre encore ?

Seules ne sont jamais prises réellement en compte les aspirations du peuple malgache à vivre décemment et en paix sur la "terre des ancêtres" pourtant déjà bien amochée par la déforestation et l'érosion.

Madagascar n'est pas (encore) dans l'état du Zimbabwé de Mugabé (qui a conservé le pouvoir depuis 2002, lui). Mais il s'en faudrait de peu.

Espérons que ses responsables politique sauront vite retrouver les voies de la sagesse.

L'espoir fait vivre, dit-on.

Arf !

Zgur

 

Lire chez Agathe :

"Du 10 août 1991 au 7 février 2009, les mêmes questions des responsabilités se posent. Qui a donné l’ordre de tirer ; et qui a amené la foule sur une zone rouge, en pleine connaissance de cause ? La défense de la légalité autorise-t-elle les tirs à balles réelles sur une foule sans défense ; mais la noblesse ou la légitimité de la lutte pour la démocratie autorise-t-elle à ne plus s’embarrasser de scrupules et de limites ? La garde présidentielle a tiré sur la foule. Mais la foule n’aurait pas été là si on ne l’avait conditionnée et dirigée pour y être. Dont acte."

Lire le texte de Jean Luc Raharimanana "Les raisons de la colère contre le président de Madagascar" sur Rue 89 :

"Car ce qui arrive aujourd’hui est bien le fait de Ravalomanana, l’homme en qui une très grande majorité de malgaches avaient placé leurs espoirs, l’homme qui, ayant su bâtir son empire commercial, ne pouvait que réussir à la tête du pays. Mais Ravalomanana a raté l’occasion de devenir un grand homme."


Commentaires

Très beau billet, les gouvernements se succèdent mais les manifestations connaissent la même issue dramatique.

Écrit par : agathe | 09/02/2009

Pas terminé :

Et la misère s'est particulièrement développée au cours du mandat de M. Ravalomanana

Écrit par : agathe | 09/02/2009

L'histoire se répète, merci de l'avoir montré. Quant aux vidéos… elles calment sévère.

En tout cas, ton billet est très classe. Chapeau bas.

Écrit par : JBB | 09/02/2009

Merci Zgur pour cet excellent billet. Il semble que ce qui se passe là-bas n'intéresse pas grand monde...

"Seules ne sont jamais prises réellement en compte les aspirations du peuple malgache à vivre décemment et en paix […]"

Tu en connais beaucoup des peuples dont on prend en compte les aspirations ?

Écrit par : Françoise | 10/02/2009

"Tu en connais beaucoup des peuples dont on prend en compte les aspirations ?"

Les français ?

...



Mwahahaharf !

Et je sors sous les quolibets.

;0)

Zgur

Écrit par : Zgur | 10/02/2009

Oui, sors vite fait ! :D

Écrit par : Françoise | 10/02/2009

Oui, sors vite fait ! :D

Écrit par : Françoise | 10/02/2009

il a dit

"tant que les responsabilités existent d'un côté mais pas également"

son message est là
ce qui me fait dire que, même ce mec là, est moins sauvage que Nous

bin oui...

Écrit par : birahima2 | 10/02/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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